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Logique

Éléments de logique et méthodes de preuve

Licence 1 Semestre 1 Intermédiaire 6 h 12 exercices corrigés

Propositions, implications et quantificateurs

Un raisonnement commence par un énoncé précis : quels sont les objets étudiés, dans quel ensemble vivent-ils et que faut-il démontrer ? On distingue une proposition, qui est vraie ou fausse, d'une expression contenant une variable libre, dont la valeur de vérité dépend de cette variable.

Définition 1 (Connecteurs et quantificateurs). Pour des propositions $P$ et $Q$, $P\land Q$ signifie « $P$ et $Q$ », $P\lor Q$ signifie « $P$ ou $Q$ », et $\neg P$ est la négation de $P$. L'implication $P\Rightarrow Q$ est fausse seulement quand $P$ est vraie et $Q$ fausse. L'équivalence $P\Leftrightarrow Q$ réunit les deux implications.

$\forall x\in E,\ P(x)$ signifie que chaque élément de $E$ vérifie $P$. $\exists x\in E,\ P(x)$ signifie qu'au moins un élément de $E$ la vérifie. L'ordre des quantificateurs compte : le témoin de $\forall x\,\exists y$ peut dépendre de $x$.

Proposition 2 (Nier sans changer le domaine). Les lois de De Morgan donnent $\neg(P\land Q)\Leftrightarrow(\neg P\lor\neg Q)$ et $\neg(P\lor Q)\Leftrightarrow(\neg P\land\neg Q)$.

Pour les quantificateurs : $$\neg(\forall x\in E,\ P(x))\Leftrightarrow\exists x\in E,\ \neg P(x),$$ $$\neg(\exists x\in E,\ P(x))\Leftrightarrow\forall x\in E,\ \neg P(x).$$ Enfin, $\neg(P\Rightarrow Q)\Leftrightarrow P\land\neg Q$.

Exemple 3 (Un témoin qui dépend de la variable). L'énoncé $\forall x\in\R,\ \exists y\in\R,\ y>x$ est vrai : pour un $x$ donné, on choisit $y=x+1$. En revanche, $\exists y\in\R,\ \forall x\in\R,\ y>x$ est faux : quel que soit $y$, le choix $x=y+1$ le contredit.

Exercice 4 (Négations et valeur de vérité). Écrire la négation de chacun des énoncés suivants, puis déterminer si l'énoncé initial est vrai :

  • $A$ : $\forall x\in\R,\ \exists n\in\N,\ n>x^2$.
  • $B$ : $\exists x\in\R,\ \forall y\in\R,\ x+y\ge0$.
Indice

Inverse chaque quantificateur, puis nie uniquement l'inégalité finale. Pour $A$, utilise la propriété d'Archimède : tout réel est dépassé par un entier naturel. Pour $B$, choisis $y$ en fonction de $x$.

Solution

La négation de $A$ est $\exists x\in\R,\ \forall n\in\N,\ n\le x^2$. L'énoncé $A$ est vrai : pour chaque $x$, la propriété d'Archimède fournit un entier $n>x^2$. Sa négation est donc fausse.

La négation de $B$ est $\forall x\in\R,\ \exists y\in\R,\ x+y<0$. Elle est vraie : pour n'importe quel $x$, on peut prendre $y=-x-1$, ce qui donne $x+y=-1<0$. Aucun $x$ ne convient dans $B$ : $B$ est faux.

Ensembles et applications

Définition 5 (Inclusion, image et antécédent). L'inclusion $A\subseteq B$ signifie $\forall x,\ x\in A\Rightarrow x\in B$. Pour prouver $A=B$, on peut montrer les deux inclusions.

Une application $f:E\to F$ associe à chaque $x\in E$ une unique image $f(x)\in F$. L'image d'une partie $A\subseteq E$ est $f(A)=\{f(x):x\in A\}$. L'image réciproque d'une partie $B\subseteq F$ est $f^{-1}(B)=\{x\in E:f(x)\in B\}$ ; cette notation est définie même si $f$ n'est pas bijective.

Définition 6 (Injection, surjection et bijection). Une application $f:E\to F$ est :

  • injective si $f(x)=f(x')$ implique $x=x'$ pour tous $x,x'\in E$ ;
  • surjective si $\forall y\in F,\ \exists x\in E,\ f(x)=y$ ;
  • bijective si elle est à la fois injective et surjective.

Une bijection possède une application réciproque $f^{-1}:F\to E$. Les ensembles de départ et d'arrivée font partie de la définition de $f$.

Exemple 7 (Prouver une égalité par double inclusion). Pour toutes parties $A,B,C$ d'un ensemble, $A\cap(B\cup C)=(A\cap B)\cup(A\cap C)$.

Si $x\in A\cap(B\cup C)$, alors $x\in A$ et $x$ appartient à $B$ ou à $C$, donc il appartient au membre de droite. Réciproquement, si $x$ appartient à $A\cap B$ ou à $A\cap C$, alors $x\in A$ et $x\in B\cup C$, donc il appartient au membre de gauche.

Exercice 8 (Le carré selon son domaine). Soit $f:\R\to[0,+\infty[$ définie par $f(x)=x^2$. Est-elle injective ? Surjective ? Montrer que sa restriction $g:[0,+\infty[\to[0,+\infty[$ est bijective et donner $g^{-1}$.

Indice

Compare les images de $1$ et $-1$. Pour la surjectivité, résous $x^2=y$ avec $y\ge0$. La restriction impose $x\ge0$.

Solution

L'application $f$ n'est pas injective car $f(1)=f(-1)=1$ alors que $1\ne-1$. Elle est surjective : tout $y\ge0$ possède l'antécédent $x=\sqrt y\in\R$.

Si $x,x'\ge0$ et $g(x)=g(x')$, alors $x^2=x'^2$. Ainsi $(x-x')(x+x')=0$. Si $x+x'=0$, les deux nombres sont nuls ; sinon $x-x'=0$. Dans tous les cas $x=x'$ : $g$ est injective. Chaque $y\ge0$ a toujours pour antécédent $\sqrt y\ge0$ : $g$ est aussi surjective. Elle est donc bijective, et $g^{-1}(y)=\sqrt y$.

Démonstration directe, contraposée et récurrence

Proposition 9 (Choisir une méthode de preuve). Pour une implication $P\Rightarrow Q$, une preuve directe part de $P$ pour établir $Q$. La contraposée prouve l'implication équivalente $\neg Q\Rightarrow\neg P$. Une preuve par l'absurde suppose $P$ et $\neg Q$, puis obtient une contradiction. Un contre-exemple suffit à réfuter un énoncé universel.

Exemple 10 (La contraposée en arithmétique). Montrons que, pour $n\in\Z$, si $n^2$ est pair alors $n$ est pair. Par contraposée, supposons $n$ impair : $n=2k+1$ avec $k\in\Z$. Alors $n^2=4k^2+4k+1=2(2k^2+2k)+1$ est impair. La contraposée est démontrée, donc l'implication initiale aussi.

Théorème 11 (Principe de récurrence). Soit $P(n)$ une propriété définie pour tous les entiers $n\ge n_0$. Si $P(n_0)$ est vraie (initialisation) et si, pour chaque $n\ge n_0$, $P(n)\Rightarrow P(n+1)$ (hérédité), alors $P(n)$ est vraie pour tout $n\ge n_0$. Dans l'hérédité, on suppose un rang $n$ fixé mais arbitraire ; on ne suppose pas déjà la conclusion pour tous les rangs.

Exercice 12 (Somme des carrés). Démontrer par récurrence que, pour tout entier $n\ge1$, $$1^2+2^2+\cdots+n^2=\frac{n(n+1)(2n+1)}6.$$

Indice

Vérifie le cas $n=1$. Au rang suivant, ajoute $(n+1)^2$ à la formule supposée vraie, puis factorise par $n+1$.

Solution

Pour $n=1$, le membre de droite vaut $1\times2\times3/6=1$ : l'initialisation est vérifiée.

Supposons la formule vraie à un rang $n\ge1$. Alors $$\sum_{k=1}^{n+1}k^2=\frac{n(n+1)(2n+1)}6+(n+1)^2$$ $$=\frac{(n+1)\big(n(2n+1)+6(n+1)\big)}6$$ $$=\frac{(n+1)(2n^2+7n+6)}6=\frac{(n+1)(n+2)(2n+3)}6.$$ C'est exactement la formule au rang $n+1$, puisque $2(n+1)+1=2n+3$. L'hérédité est établie ; le principe de récurrence conclut pour tout $n\ge1$.

Vérifie ta compréhension. Quelle proposition est équivalente à $P\Rightarrow Q$ ?

  1. $Q\Rightarrow P$
  2. $\neg Q\Rightarrow\neg P$
  3. $\neg P\Rightarrow\neg Q$
Réponse

Bonne réponse : B.

La contraposée $\neg Q\Rightarrow\neg P$ est équivalente à l'implication initiale. La réciproque $Q\Rightarrow P$ peut être fausse même quand $P\Rightarrow Q$ est vraie.

Exercices corrigés

Chaque exercice propose un indice et une solution détaillée : essaie d'abord, puis compare.

Tome I · Amateur

Découvrir les méthodes et appliquer les définitions et les résultats du cours.

Exercice 1 (L’implication en table de vérité). À l'aide d'une table de vérité, montrer que $P\Rightarrow Q$ est équivalente à $\neg P\lor Q$, puis à sa contraposée $\neg Q\Rightarrow\neg P$.

Indice

Il y a quatre cas pour le couple de valeurs de vérité de $(P,Q)$.

Solution

Les quatre lignes $(V,V)$, $(V,F)$, $(F,V)$, $(F,F)$ donnent pour $P\Rightarrow Q$ : $V,F,V,V$. Pour $\neg P\lor Q$ : $V,F,V,V$. Pour $\neg Q\Rightarrow\neg P$ : $V,F,V,V$. Les trois colonnes coïncident : les trois énoncés sont équivalents. La seule ligne fausse est celle où $P$ est vraie et $Q$ fausse.

Exercice 2 (Nier une définition). Écrire avec des quantificateurs, puis nier : « $f$ est croissante sur $I$ » et « $f$ est bornée sur $I$ ».

Indice

Croissante : $\forall x,y\in I,\ x\le y\Rightarrow f(x)\le f(y)$. Rappelle-toi que $\neg(A\Rightarrow B)\Leftrightarrow A\land\neg B$.

Solution

Non croissante : $\exists x,y\in I,\ x\le y\ \text{et}\ f(x)>f(y)$. Bornée : $\exists M\in\R,\ \forall x\in I,\ |f(x)|\le M$ ; non bornée : $\forall M\in\R,\ \exists x\in I,\ |f(x)|>M$. Attention : « non croissante » ne signifie pas « décroissante ».

Exercice 3 (Opérations sur les ensembles). Dans $E=\{1,2,3,4,5,6\}$, on pose $A=\{1,2,3,4\}$ et $B=\{3,4,5\}$. Déterminer $A\cap B$, $A\cup B$, $A\setminus B$ et le complémentaire de $A\cup B$ dans $E$, puis vérifier une loi de De Morgan.

Indice

La loi de De Morgan affirme que le complémentaire de $A\cup B$ est $\bar A\cap\bar B$.

Solution

$A\cap B=\{3,4\}$, $A\cup B=\{1,2,3,4,5\}$, $A\setminus B=\{1,2\}$ et $\overline{A\cup B}=\{6\}$. Par ailleurs $\bar A=\{5,6\}$, $\bar B=\{1,2,6\}$ et $\bar A\cap\bar B=\{6\}$ : on retrouve bien $\overline{A\cup B}=\bar A\cap\bar B$.

Tome II · Entraînement

Combiner plusieurs notions et rédiger une démarche complète.

Exercice 1 (Une récurrence avec un rang de départ). Montrer par récurrence que $2^n\ge n^2$ pour tout entier $n\ge4$.

Indice

Pour l'hérédité, il suffit de montrer que $2n^2\ge(n+1)^2$ quand $n\ge4$.

Solution

Initialisation : $2^4=16=4^2$. Hérédité : si $2^n\ge n^2$ pour un $n\ge4$, alors $2^{n+1}\ge2n^2$. Or $2n^2-(n+1)^2=n^2-2n-1=(n-1)^2-2\ge 9-2>0$ pour $n\ge4$. Donc $2^{n+1}\ge(n+1)^2$. L'inégalité est fausse pour $n=3$ : le rang de départ compte.

Exercice 2 (Composées et injectivité). Soient $f:E\to F$ et $g:F\to G$. Montrer que si $g\circ f$ est injective, alors $f$ est injective, et que si $g\circ f$ est surjective, alors $g$ est surjective. Donner un exemple où $g\circ f$ est bijective sans que $f$ ni $g$ le soient.

Indice

Pour l'exemple, prends des ensembles finis très petits, comme $E=G=\{1\}$ et $F=\{1,2\}$.

Solution

Si $f(x)=f(x')$, alors $g(f(x))=g(f(x'))$, donc $x=x'$ par injectivité de $g\circ f$. Si $z\in G$, il existe $x$ avec $g(f(x))=z$ : $y=f(x)$ est un antécédent de $z$ par $g$. Exemple : $f:\{1\}\to\{1,2\}$, $f(1)=1$, et $g:\{1,2\}\to\{1\}$. Alors $g\circ f$ est la bijection de $\{1\}$, mais $f$ n'est pas surjective et $g$ n'est pas injective.

Exercice 3 (Un raisonnement par l’absurde). Démontrer que $\sqrt2$ est irrationnel.

Indice

Suppose $\sqrt2=p/q$ avec $p,q$ entiers premiers entre eux, puis étudie la parité de $p$ et de $q$.

Solution

Supposons $\sqrt2=p/q$ avec $\operatorname{pgcd}(p,q)=1$. Alors $p^2=2q^2$ est pair, donc $p$ est pair (le carré d'un impair est impair) : $p=2k$. Puis $4k^2=2q^2$, soit $q^2=2k^2$, donc $q$ est pair aussi. C'est contradictoire avec $\operatorname{pgcd}(p,q)=1$ : $\sqrt2$ est irrationnel.

Tome III · Perfectionnement

Approfondir le cours avec des problèmes de synthèse et des justifications complètes.

Exercice 1 (Choisir la contraposée). Soit $n$ un entier. Montrer que si $n^2-1$ n'est pas divisible par $8$, alors $n$ est pair.

Indice

Démontre la contraposée : si $n$ est impair, alors $8$ divise $n^2-1$.

Solution

Si $n=2k+1$, alors $n^2-1=4k^2+4k=4k(k+1)$. Parmi $k$ et $k+1$, l'un est pair, donc $k(k+1)$ est pair et $8$ divise $n^2-1$. La contraposée étant démontrée, l'énoncé l'est aussi. Le raisonnement direct, partant d'une non-divisibilité, aurait été bien moins commode.

Exercice 2 (Une récurrence forte). Montrer que tout entier $n\ge2$ s'écrit comme produit de nombres premiers.

Indice

Suppose la propriété vraie pour tous les entiers de $2$ à $n$, puis distingue selon que $n+1$ est premier ou non.

Solution

L'entier $2$ est premier. Supposons la propriété vraie pour tous les entiers de $2$ à $n$. Si $n+1$ est premier, c'est fini. Sinon $n+1=ab$ avec $2\le a,b\le n$ ; par hypothèse, $a$ et $b$ sont des produits de nombres premiers, donc $n+1$ aussi. Une récurrence simple ne suffirait pas : on a besoin de la propriété pour $a$ et $b$, et pas seulement pour $n$.

Exercice 3 (Images directes et réciproques). Soit $f:E\to F$, $A,B\subseteq E$ et $C,D\subseteq F$. Montrer que $f(A\cap B)\subseteq f(A)\cap f(B)$, donner un contre-exemple à l'égalité, puis montrer que $f^{-1}(C\cap D)=f^{-1}(C)\cap f^{-1}(D)$.

Indice

Pour le contre-exemple, prends $f(x)=x^2$, $A=[-1,0]$ et $B=[0,1]$.

Solution

Si $y=f(x)$ avec $x\in A\cap B$, alors $y\in f(A)$ et $y\in f(B)$. Contre-exemple : $f(A\cap B)=f(\{0\})=\{0\}$ alors que $f(A)\cap f(B)=[0,1]$. L'égalité a lieu si $f$ est injective. Enfin $x\in f^{-1}(C\cap D)\Leftrightarrow f(x)\in C\ \text{et}\ f(x)\in D\Leftrightarrow x\in f^{-1}(C)\cap f^{-1}(D)$ : l'image réciproque respecte toujours les intersections.

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Dans Mathventure, tu rédiges tes réponses et le tuteur les corrige en t'expliquant tes erreurs. Les exercices suivants s'adaptent à ton niveau.