Mathventure

Algèbre

Algèbre des structures : groupes, anneaux et corps

Licence 1 Semestre 1 Intermédiaire 10 h 12 exercices corrigés

Prérequis conseillés : Éléments de logique et méthodes de preuve

Lois de composition et groupes

Définition 1 (Groupe et groupe abélien). Une loi de composition interne sur $G$ est une application $G\times G\to G$, notée $(x,y)\mapsto x\star y$.

Un groupe est un ensemble $G$ muni d'une telle loi satisfaisant :

  • l'associativité : $(x\star y)\star z=x\star(y\star z)$ ;
  • l'existence d'un neutre $e$ : $e\star x=x\star e=x$ ;
  • l'existence, pour chaque $x$, d'un inverse $x^{-1}$ : $x\star x^{-1}=x^{-1}\star x=e$.

Le groupe est abélien si $x\star y=y\star x$ pour tous $x,y$. Le neutre et l'inverse de chaque élément sont uniques.

Exemple 2 (L'ensemble et la loi sont indissociables). $(\Z,+)$ est un groupe abélien : le neutre est $0$ et l'inverse additif de $n$ est $-n$. L'ensemble $\R^*=\R\setminus\{0\}$ muni de la multiplication est un groupe abélien : son neutre est $1$ et l'inverse de $x$ est $1/x$.

En revanche, $(\Z,\times)$ n'est pas un groupe : $2$ n'a pas d'inverse multiplicatif entier. L'ensemble $\N$ muni de l'addition n'est pas un groupe non plus, car un entier strictement positif n'y possède pas d'opposé.

Proposition 3 (Simplification dans un groupe). Dans un groupe, $a\star x=a\star y$ implique $x=y$ : il suffit de composer à gauche par $a^{-1}$ et d'utiliser l'associativité. De même, on peut simplifier à droite. L'équation $a\star x=b$ possède l'unique solution $x=a^{-1}\star b$. Dans un groupe non commutatif, l'ordre des facteurs doit être respecté.

Exercice 4 (Une loi transportée depuis la multiplication). Sur $G=\R\setminus\{-1\}$, on définit $x\star y=x+y+xy$. Vérifier que la loi est interne, puis montrer que $(G,\star)$ est un groupe abélien. Déterminer son neutre et l'inverse d'un élément $x$.

Indice

L'identité $1+(x\star y)=(1+x)(1+y)$ donne à la fois la stabilité et un lien avec le groupe $(\R^*,\times)$. Résous ensuite $x\star y=0$.

Solution

Si $x,y\ne-1$, alors $(1+x)(1+y)\ne0$. Comme $1+(x\star y)=(1+x)(1+y)$, on a $x\star y\ne-1$ : la loi est interne.

Définissons $\varphi:G\to\R^*$ par $\varphi(x)=1+x$. Cette application est bijective, d'inverse $t\mapsto t-1$, et vérifie $\varphi(x\star y)=\varphi(x)\varphi(y)$. Pour $x,y,z\in G$, l'associativité de la multiplication donne $$\varphi((x\star y)\star z)=\varphi(x)\varphi(y)\varphi(z)=\varphi(x\star(y\star z)).$$ L'injectivité de $\varphi$ permet de conclure à l'associativité de $\star$.

Le neutre est $0$, car $x\star0=0\star x=x$. L'équation $x\star y=0$ devient $x+(1+x)y=0$, donc $y=-x/(1+x)$. Cet élément appartient à $G$, car $1+y=1/(1+x)\ne0$, et il est un inverse à gauche comme à droite. Enfin $x+y+xy=y+x+yx$, donc la loi est commutative. Toutes les propriétés d'un groupe abélien sont vérifiées.

Sous-groupes et morphismes

Définition 5 (Sous-groupe et morphisme de groupes). Une partie $H\subseteq G$ est un sous-groupe si la loi de $G$, restreinte à $H$, en fait un groupe.

Un morphisme de groupes $f:(G,\star)\to(K,\circ)$ vérifie $f(x\star y)=f(x)\circ f(y)$. Il envoie le neutre sur le neutre et les inverses sur les inverses. Son noyau est $\ker f=\{x\in G:f(x)=e_K\}$ et son image est $\operatorname{Im}f=\{f(x):x\in G\}$.

Théorème 6 (Critères utiles). Une partie non vide $H$ d'un groupe $G$ est un sous-groupe si et seulement si $x\star y^{-1}\in H$ pour tous $x,y\in H$.

Le noyau d'un morphisme est un sous-groupe du groupe de départ ; son image est un sous-groupe du groupe d'arrivée. Un morphisme $f$ est injectif si et seulement si $\ker f=\{e_G\}$. Il est surjectif si et seulement si son image est tout le groupe d'arrivée.

Preuve (Injectivité et noyau)

Si $f$ est injectif et $f(x)=e_K=f(e_G)$, alors $x=e_G$ : le noyau est réduit au neutre.

Réciproquement, si $\ker f=\{e_G\}$ et $f(x)=f(y)$, alors $f(x\star y^{-1})=f(x)\circ f(y)^{-1}=e_K$. Ainsi $x\star y^{-1}=e_G$, donc $x=y$ : $f$ est injectif.

∎

Définition 7 (Congruence et classes modulo n). Pour un entier $n\ge2$, on écrit $a\equiv b\pmod n$ si $n$ divise $a-b$. C'est une relation d'équivalence sur $\Z$. La classe $[a]$ contient les entiers congrus à $a$ ; l'ensemble des classes est $\Z/n\Z=\{[0],\ldots,[n-1]\}$.

L'addition $[a]+[b]=[a+b]$ est bien définie : changer les représentants ne change pas la classe obtenue. Elle fait de $\Z/n\Z$ un groupe abélien, de neutre $[0]$ et d'opposé $[-a]$ pour $[a]$.

Exercice 8 (Noyau et image dans un groupe fini). On considère le morphisme additif $f:\Z\to\Z/6\Z$ défini par $f(k)=[2k]$. Vérifier que c'est un morphisme, déterminer son noyau et son image, puis décider s'il est injectif ou surjectif.

Indice

Le noyau se calcule en résolvant $6\mid2k$. Pour l'image, les valeurs de $k$ modulo $3$ suffisent. L'injectivité compare le noyau à $\{0\}$.

Solution

Pour $k,\ell\in\Z$, $f(k+\ell)=[2k+2\ell]=[2k]+[2\ell]=f(k)+f(\ell)$ : $f$ est un morphisme des groupes additifs.

Un entier $k$ est dans le noyau si $[2k]=[0]$, c'est-à-dire si $6\mid2k$. Cela équivaut à $3\mid k$, donc $\ker f=3\Z$.

Tout entier s'écrit $k=3q+r$ avec $r\in\{0,1,2\}$. Ainsi $[2k]=[2r]$, et les trois possibilités sont $[0]$, $[2]$ et $[4]$. Chacune est atteinte pour $k=0,1,2$ : $\operatorname{Im}f=\{[0],[2],[4]\}$.

Le morphisme n'est pas injectif puisque $3\in\ker f$ et $3\ne0$. Il n'est pas surjectif non plus, puisque, par exemple, $[1]$ n'est pas dans son image.

Anneaux, corps et calcul modulo un entier

Définition 9 (Anneau, unité et corps). Un anneau unitaire $(A,+,\times)$ possède un groupe abélien $(A,+)$, une multiplication associative avec un neutre $1$, et les deux distributivités de la multiplication sur l'addition. Il est commutatif si sa multiplication est commutative.

Une unité est un élément qui possède un inverse multiplicatif. Dans un anneau commutatif non nul, un diviseur de zéro est un élément $a\ne0$ tel qu'il existe $b\ne0$ avec $ab=0$.

Un corps est un anneau commutatif avec $0\ne1$ dans lequel tout élément non nul est une unité. Les ensembles $\Q$, $\R$ et $\C$ avec leurs opérations usuelles sont des corps. L'anneau $\Z$ n'est pas un corps : $2$ n'y est pas une unité.

Théorème 10 (Unités de Z/nZ). Dans l'anneau $\Z/n\Z$, avec $n\ge2$, la classe $[a]$ est inversible si et seulement si $\gcd(a,n)=1$.

En effet, l'identité de Bézout $au+nv=1$ fournit $[a][u]=[1]$. Réciproquement, si $[a][u]=[1]$, alors $au-1$ est un multiple de $n$, ce qui donne une identité de Bézout et impose $\gcd(a,n)=1$.

Par conséquent, $\Z/n\Z$ est un corps si et seulement si $n$ est premier. Si $n=rs$ avec $1<r,s<n$, les classes non nulles $[r]$ et $[s]$ ont un produit nul.

Exemple 11 (Calculer un inverse avec Bézout). Dans $\Z/7\Z$, $3\times5-2\times7=1$. En passant aux classes, $[3][5]=[1]$ : l'inverse de $[3]$ est $[5]$. Comme $7$ est premier, chaque classe non nulle est inversible. La division par $[3]$ se fait donc en multipliant par $[5]$.

Exercice 12 (Unités et diviseurs de zéro modulo 8). Dans $A=\Z/8\Z$, dresser la liste des unités et donner leur inverse. Déterminer les diviseurs de zéro non nuls. L'anneau $A$ est-il un corps ? Comparer avec $\Z/7\Z$.

Indice

Une classe est inversible lorsque son représentant est premier avec $8$. Calcule les carrés des représentants impairs. Pour chaque classe paire non nulle, cherche un facteur non nul qui annule son produit.

Solution

Par le critère du PGCD, les unités sont exactement $[1]$, $[3]$, $[5]$ et $[7]$. Leurs carrés valent respectivement $[1]$, $[9]=[1]$, $[25]=[1]$ et $[49]=[1]$. Chaque unité est donc son propre inverse.

Les classes paires non nulles sont $[2]$, $[4]$ et $[6]$. Elles sont des diviseurs de zéro, car $[2][4]=[8]=[0]$, $[4][2]=[0]$ et $[6][4]=[24]=[0]$, avec des facteurs tous non nuls.

Il n'existe pas d'autre diviseur de zéro non nul : les autres classes non nulles sont des unités, et si $ub=0$ avec $u$ inversible, multiplier par $u^{-1}$ impose $b=0$.

L'anneau $\Z/8\Z$ n'est pas un corps puisque, par exemple, $[2]$ n'est pas inversible. En revanche, $\Z/7\Z$ est un corps car $7$ est premier ; il ne possède aucun diviseur de zéro non nul.

Vérifie ta compréhension. Dans $\Z/6\Z$, que peut-on affirmer de la classe $[2]$ ?

  1. Elle est inversible
  2. Elle est un diviseur de zéro non nul
  3. Elle est égale à la classe nulle
Réponse

Bonne réponse : B.

On a $[2][3]=[6]=[0]$ et les classes $[2]$ et $[3]$ sont non nulles. La classe $[2]$ est donc un diviseur de zéro. Elle n'est pas inversible puisque $\gcd(2,6)=2\ne1$.

Exercices corrigés

Chaque exercice propose un indice et une solution détaillée : essaie d'abord, puis compare.

Tome I · Amateur

Découvrir les méthodes et appliquer les définitions et les résultats du cours.

Exercice 1 (Un petit groupe de complexes). Montrer que $G=\{1,-1,i,-i\}$ est un groupe pour la multiplication des complexes. Donner l'ordre de chaque élément.

Indice

Vérifie la stabilité, l'élément neutre et les inverses ; l'associativité vient de $\mathbb C$.

Solution

Les produits de deux éléments de $G$ restent dans $G$ (par exemple $i\cdot i=-1$, $i\cdot(-i)=1$). Le neutre est $1$, et les inverses sont $1^{-1}=1$, $(-1)^{-1}=-1$, $i^{-1}=-i$, $(-i)^{-1}=i$. Ordres : $1$ pour $1$, $2$ pour $-1$, $4$ pour $i$ et $-i$. Le groupe est cyclique, engendré par $i$.

Exercice 2 (Sous-groupes de ℤ). Montrer que $3\Z\cap4\Z=12\Z$, puis que $3\Z\cup4\Z$ n'est pas un sous-groupe de $(\Z,+)$.

Indice

Un entier divisible par $3$ et par $4$ l'est par leur ppcm. Pour la réunion, additionne $3$ et $4$.

Solution

Un entier multiple de $3$ et de $4$ est multiple de $\operatorname{ppcm}(3,4)=12$, et réciproquement : $3\Z\cap4\Z=12\Z$. En revanche $3$ et $4$ appartiennent à la réunion, mais $3+4=7$ n'est multiple ni de $3$ ni de $4$ : la réunion n'est pas stable par addition.

Exercice 3 (Calculer modulo 7). Dans $\Z/7\Z$, calculer $[3]\times[5]$, en déduire l'inverse de $[3]$, puis résoudre $3x\equiv4\pmod7$.

Indice

Si $[3][5]=[1]$, multiplie l'équation par $[5]$.

Solution

$3\times5=15=2\times7+1$, donc $[3][5]=[1]$ et $[3]^{-1}=[5]$. Ensuite $x\equiv5\times4=20\equiv6\pmod7$. Vérification : $3\times6=18=2\times7+4$.

Tome II · Entraînement

Combiner plusieurs notions et rédiger une démarche complète.

Exercice 1 (Le module comme morphisme). Montrer que $f:(\mathbb C^*,\times)\to(\R_+^*,\times)$, $z\mapsto|z|$, est un morphisme de groupes. Déterminer son noyau et son image.

Indice

$|zw|=|z|\,|w|$. Le noyau est l'ensemble des $z$ envoyés sur le neutre $1$.

Solution

$f(zw)=|zw|=|z|\,|w|=f(z)f(w)$ : c'est un morphisme. Son noyau est le cercle unité $\mathbb U=\{z:|z|=1\}$, qui est donc un sous-groupe de $\mathbb C^*$. L'image est $\R_+^*$ tout entier, car $f(r)=r$ pour $r>0$.

Exercice 2 (Le groupe S₃ n’est pas commutatif). Dans le groupe $S_3$ des permutations de $\{1,2,3\}$, calculer $(1\,2)\circ(2\,3)$ et $(2\,3)\circ(1\,2)$. Que conclure ?

Indice

Dans une composée, on applique d'abord la permutation de droite.

Solution

Pour $(1\,2)\circ(2\,3)$ : $1\mapsto1\mapsto2$, $2\mapsto3\mapsto3$, $3\mapsto2\mapsto1$ ; c'est le cycle $(1\,2\,3)$. Pour $(2\,3)\circ(1\,2)$ : $1\mapsto2\mapsto3$, $2\mapsto1\mapsto1$, $3\mapsto3\mapsto2$ ; c'est le cycle $(1\,3\,2)$. Les deux composées diffèrent : $S_3$ n'est pas commutatif. C'est le plus petit groupe non commutatif.

Exercice 3 (Un inverse modulaire par Euclide). À l'aide de l'algorithme d'Euclide étendu, trouver l'inverse de $17$ modulo $60$.

Indice

Écris $60=3\times17+9$, puis continue jusqu'au reste $1$ et remonte les calculs.

Solution

$60=3\times17+9$, $17=1\times9+8$, $9=1\times8+1$. En remontant : $1=9-8=9-(17-9)=2\times9-17=2(60-3\times17)-17=2\times60-7\times17$. Donc $-7\times17\equiv1\pmod{60}$ et l'inverse est $-7\equiv53$. Vérification : $17\times53=901=15\times60+1$.

Tome III · Perfectionnement

Approfondir le cours avec des problèmes de synthèse et des justifications complètes.

Exercice 1 (Le théorème de Lagrange). Soit $G$ un groupe fini et $H$ un sous-groupe. Montrer que les classes $gH$ forment une partition de $G$ et ont toutes $|H|$ éléments. En déduire que $|H|$ divise $|G|$, puis qu'un groupe d'ordre premier est cyclique.

Indice

$h\mapsto gh$ est une bijection de $H$ sur $gH$. Deux classes qui se rencontrent sont égales.

Solution

Chaque $g$ appartient à $gH$. Si $x\in g_1H\cap g_2H$, alors $g_1H=xH=g_2H$ : les classes sont disjointes ou égales. La bijection $h\mapsto gh$ montre que $|gH|=|H|$. Si $k$ est le nombre de classes, $|G|=k|H|$. Si $|G|=p$ est premier et $g\ne e$, le sous-groupe engendré par $g$ a un ordre qui divise $p$ et vaut au moins $2$ : c'est $p$, donc $G$ est engendré par $g$.

Exercice 2 (Fermat grâce à Lagrange). Soit $p$ premier. Justifier que $(\Z/p\Z)^*$ est un groupe à $p-1$ éléments, en déduire que $a^{p-1}\equiv1\pmod p$ si $p$ ne divise pas $a$, puis calculer le reste de $3^{100}$ modulo $7$.

Indice

D'après Lagrange, l'ordre d'un élément divise l'ordre du groupe.

Solution

Par Bézout, toute classe non nulle modulo $p$ est inversible : $(\Z/p\Z)^*$ est un groupe à $p-1$ éléments. L'ordre $d$ de $[a]$ divise $p-1$, donc $[a]^{p-1}=([a]^d)^{(p-1)/d}=[1]$. Modulo $7$ : $3^6\equiv1$ et $100=6\times16+4$, donc $3^{100}\equiv3^4=81\equiv4\pmod7$.

Exercice 3 (Les entiers de Gauss). Montrer que $\Z[i]=\{a+ib : a,b\in\Z\}$ est un sous-anneau de $\mathbb C$, puis déterminer ses éléments inversibles à l'aide de $N(z)=|z|^2$.

Indice

$N(zw)=N(z)N(w)$ et $N(a+ib)=a^2+b^2$ est un entier naturel.

Solution

$\Z[i]$ contient $1$ et est stable par différence et par produit : $(a+ib)(c+id)=(ac-bd)+i(ad+bc)$. Si $zw=1$ dans $\Z[i]$, alors $N(z)N(w)=1$ avec des entiers naturels, donc $N(z)=1$, soit $a^2+b^2=1$. Les inversibles sont $1,-1,i,-i$, et ils sont bien inversibles dans $\Z[i]$.

Continue avec ton tuteur

Dans Mathventure, tu rédiges tes réponses et le tuteur les corrige en t'expliquant tes erreurs. Les exercices suivants s'adaptent à ton niveau.